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Grandes écoles : la frustration salariale des diplômés au plus haut

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Pendant longtemps, sortir d'une grande école rimait avec emploi rapide, bonne rémunération et satisfaction quasi garantie. Ce tableau se fissure. La dernière enquête de la Conférence des grandes écoles (CGE), réalisée auprès de 109 939 diplômés issus de 210 établissements, révèle un marché du travail qui se resserre, des salaires qui plafonnent et une frustration qui monte, notamment autour de la question des rémunérations.

Un taux d'emploi qui continue de reculer

Le taux net d'emploi à moins de six mois s'établit à 76 % pour la promotion 2025, soit une baisse de 4,2 points par rapport à l'an dernier. En deux ans, les grandes écoles ont perdu près de 10 points d'employabilité immédiate : ils étaient encore 91 % à trouver un emploi en moins de six mois en 2023.

Ce recul s'explique en grande partie par un marché de l'emploi cadre plus frileux. Selon l'enquête Besoin en main-d'oeuvre de France Travail, les entreprises françaises prévoient environ 2,3 millions de recrutements pour 2026, soit le niveau le plus bas depuis 2018. Les sortants des grandes écoles s'en tirent mieux que le reste de leur génération, mais l'effet protecteur du diplôme s'érode.

Des salaires qui stagnent et déçoivent

C'est là que la frustration est la plus palpable. Le salaire brut annuel moyen hors primes s'établit à 39 679 euros pour la promotion 2025, en quasi-stabilité sur un an, avec une progression de seulement 0,2 %. Après plusieurs années de hausses régulières, les rémunérations semblent atteindre un palier.

Les managers restent les mieux rémunérés avec 40 825 euros en moyenne, devant les ingénieurs à 39 284 euros et les diplômés des autres spécialités à 39 084 euros. Mais les managers sont aussi les seuls à enregistrer un léger recul de leur salaire moyen sur un an, de 0,7 %.

Ce plafonnement est d'autant plus mal vécu que les frais de scolarité, eux, continuent d'augmenter. Dans certaines écoles privées, le cursus peut dépasser 50 000 euros sur l'ensemble du parcours, voire davantage. Quand le retour sur investissement tarde à se matérialiser, la déception s'installe.

Les inégalités femmes-hommes, toujours présentes dès le premier emploi

Derrière les moyennes se cachent des écarts qui ne se résorbent pas. Les hommes perçoivent en moyenne 40 580 euros contre 38 358 euros pour les femmes dès l'entrée dans la vie active, soit un avantage de 5,8 % en faveur des hommes. Ce fossé se creuse encore davantage dans certaines filières : chez les diplômés des autres spécialités, les hommes gagnent près de 4 700 euros de plus par an que leurs homologues féminines.

Les différences de traitement ne se limitent pas au salaire : les femmes accèdent aussi moins rapidement à l'emploi et occupent moins fréquemment des postes en CDI ou sous statut cadre. Des inégalités qui contredisent frontalement la promesse d'égalité des chances portée par les grandes écoles.

L'alternance et le stage, premiers vecteurs d'insertion

Malgré les difficultés, certains chemins restent plus efficaces que d'autres. 42,3 % des diplômés 2025 en activité ont trouvé leur emploi via leur stage de fin d'études ou leur alternance. 61,7 % avaient même signé leur contrat avant l'obtention du diplôme, 80,1 % en moins de deux mois et 91,6 % en moins de quatre mois. Le message est clair : l'expérience en entreprise avant le diplôme reste le meilleur accélérateur d'insertion.

L'IA, nouvel outil de travail pour trois quarts des diplômés

Trois quarts des jeunes diplômés utilisent désormais l'IA générative dans leur emploi, contre deux tiers l'an dernier. La barrière technique s'efface : seuls 7,4 % des diplômés déclarent ne pas utiliser l'IA par manque de connaissances. La maîtrise de ces outils est en train de devenir un critère de différenciation à l'embauche, au même titre que la maîtrise de l'anglais il y a vingt ans.

Un diplôme qui protège encore, mais qui ne garantit plus

84 % des diplômés 2025 en activité se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leur emploi, et 89,8 % estiment occuper un poste correspondant à leur niveau de qualification. Le diplôme de grande école protège encore. Mais la promesse d'une insertion rapide, bien payée et épanouissante dès la sortie de l'école s'est complexifiée. Dans un marché du travail plus sélectif et des salaires qui stagnent, la frustration des jeunes diplômés face à leur fiche de paie risque de continuer à grimper.

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