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Supprimer Parcoursup : ce que veulent vraiment les jeunes

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“Supprimer Parcoursup” : le slogan s’affiche sur les pancartes depuis le début de la mobilisation, et il a gagné la campagne présidentielle, de La France insoumise au Rassemblement national. Lundi 19 octobre, le gouvernement a répondu par un bilan record et une fin de non-recevoir : la plateforme sera améliorée, pas supprimée. Mais que mettraient ses opposants à la place ? Et que perdrait-on vraiment sans elle ? Entre propositions de loi, programmes et travaux de chercheurs, le débat s’avère bien plus nuancé que le slogan.

Pourquoi Parcoursup cristallise la colère

Dans les cortèges, le premier mot qui revient est le stress. “Avec Parcoursup, on est stressé”, résume une lycéenne de 16 ans interrogée pendant la mobilisation. Viennent ensuite l’opacité des critères et le sentiment de voir son avenir décidé par un algorithme. Le défaut est connu : le système renvoie un “oui”, un “non” ou une place en liste d’attente, sans expliquer ce qui a pesé dans le dossier.

Les chiffres officiels publiés le 19 octobre disent deux choses à la fois. La session 2026 a réuni 1 046 000 candidats, un record, et 91,5 % des lycéens ayant formulé des vœux ont reçu au moins une proposition. Cela signifie aussi qu’environ 56 000 lycéens n’en ont reçu aucune. Plus de 32 000 candidats ont dû saisir cet été la commission académique chargée de trouver une place aux candidats sans solution, sur fond de “forte pression sur les effectifs”, reconnaît le ministère.

Le remplacer, mais par quoi ?

La suppression réunit des camps opposés, mais pour des raisons et avec des solutions très différentes. Plusieurs candidats à la présidentielle, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Bruno Retailleau, appellent à la supprimer. Derrière ce consensus apparent, deux logiques s’affrontent : supprimer la sélection, ou la rendre plus nette.

  • La France insoumise (proposition de loi, juillet 2025) : inscription libre dans l’établissement public de son choix et suppression de toute sélection en première année. Le recteur répartit les candidats en cas de saturation.

  • Les syndicats lycéens et étudiants (octobre 2026) : garder une plateforme nationale de candidature, mais sans tri, avec davantage de places.

  • Les députés UDR d’Éric Ciotti (proposition de loi, février 2026) : suppression de la plateforme et retour à une sélection fondée sur les notes d’un examen national. Les rectorats garantiraient une proposition à chaque bachelier.

  • Les Républicains : Max Brisson, conseiller éducation de Bruno Retailleau, veut supprimer Parcoursup en dénonçant une “opacité inacceptable”, sans détailler d’alternative.

  • Le Rassemblement national : la suppression figure au programme, sans dispositif de remplacement publié.

Le projet de LFI en détail. La proposition de loi déposée en juillet 2025 par Marie Mesmeur, Jérôme Legavre, Louis Boyard et le groupe insoumis va le plus loin. Son article 1er ouvre le premier cycle à tous les titulaires du bac, libres de s’inscrire dans l’établissement public de leur choix, et supprime toute sélection. Si les candidatures dépassent les places, ce n’est plus l’université qui classe : le recteur prononce les inscriptions selon le domicile, la situation familiale et les préférences du candidat.

Le texte assume une condition : la suppression “ne peut se concevoir” sans un investissement massif pour créer des places, recruter et construire. Il cite le plan Université 2000, lancé en 1991 pour créer huit universités face à l’afflux de bacheliers. Le 11 octobre, en meeting à Clermont-Ferrand, Jean-Luc Mélenchon a promis de supprimer Parcoursup : “Nous ne sommes pas pour la sélection à l’université.”

La proposition de droite, à l’opposé. Le texte déposé en février 2026 par les députés UDR supprime lui aussi la plateforme, mais pour revenir à une sélection fondée sur les notes d’un examen national, au nom de “l’excellence” et de la primauté du bac. Les établissements garderaient leur liberté de recrutement.

Le point commun inattendu : aucune de ces propositions ne revient à une absence totale d’organisation. Il faut toujours quelqu’un pour répartir les candidats quand les places manquent, que ce soit le recteur, les notes ou un algorithme.

Pourquoi certains veulent le garder

Les défenseurs de Parcoursup avancent un argument rarement entendu dans la rue : la plateforme donne la même information à tous les élèves, quels que soient leur lycée, leur ville ou le réseau de leurs parents.

Un catalogue unique pour tout le pays. En 2026, Parcoursup recense environ 25 000 formations, apprentissage compris. Selon le comité éthique et scientifique chargé de l’évaluer, la plateforme donne désormais accès à la quasi-totalité des formations de première année. Un lycéen d’une petite ville ou d’outre-mer voit les mêmes fiches, les mêmes attendus et les mêmes taux d’accès qu’un élève d’un grand lycée parisien. Avant les plateformes nationales, cette information circulait surtout par les réseaux familiaux, les salons et le bouche-à-oreille.

Des règles identiques et un algorithme public. Les candidats déposent leurs vœux au même moment, selon le même calendrier, sans les classer. L’algorithme national est entièrement public. L’accompagnement s’est aussi généralisé : en 2026, plus de huit candidats sur dix disent avoir été aidés par leur lycée à construire leur projet.

Un outil de mixité sociale. Chaque formation doit accueillir un pourcentage minimum de lycéens boursiers. Selon le ministère, ces quotas ont été décisifs en 2026 pour environ 19 400 boursiers. Près de neuf lycéens boursiers sur dix ont reçu une proposition, et une aide de 500 euros existe pour ceux qui partent étudier hors de leur académie.

La fin du tirage au sort. Avant 2018, l’ancienne plateforme APB départageait les candidats des filières saturées par tirage au sort. Pour l’économiste Julien Grenet, directeur de recherche au CNRS, une plateforme qui régule les inscriptions reste “nettement mieux” qu’un retour au “premier arrivé, premier servi”. Selon lui, beaucoup des maux imputés à Parcoursup n’ont “pas grand-chose à voir avec la plateforme”.

Les limites de cet argument

Une même information pour tous ne signifie pas les mêmes chances de s’en servir. C’est la principale objection des sociologues.

Le “capital informationnel”. Trouver l’information, la trier et s’en servir pour se projeter reste une compétence sociale. Pour plusieurs chercheurs, l’égalité d’accès à l’information n’est pas plus une réalité que l’égalité des chances. L’accompagnement varie aussi d’un lycée à l’autre.

Des inégalités reproduites. Un rapport parlementaire publié en février 2026 estime que Parcoursup reproduit les inégalités socioculturelles existantes sans les corriger, voire les aggrave. Il formule 51 propositions, dont la suppression de la mention du lycée d’origine dans les dossiers.

Des critères locaux encore flous. L’algorithme national est public, mais chaque formation applique ses propres critères de classement, rarement détaillés. Julien Grenet cite une formation qui utilise des coefficients précis par matière, mais affiche seulement qu’il faut “une bonne culture générale”.

Des quotas de boursiers mal appliqués. Une étude de l’Institut des politiques publiques, publiée le 15 octobre, montre que les taux minimaux ne sont pas toujours atteints : quand un boursier refuse une proposition, sa place peut revenir à un non-boursier. Selon les simulations des chercheurs sur la session 2024, seuls 68 % des quotas étaient réellement remplis.

Le vrai nœud : le manque de places

Sur un point, partisans et opposants se rejoignent : Parcoursup gère la pénurie, il ne la crée pas. Depuis la réforme de 2018, les universités classent les candidats selon des critères objectivables, ce qui revient à une forme de sélection quand il n’y a pas assez de places.

Or la pression monte. Le bilan 2026 compte 66 000 candidats de plus qu’en 2025, dont 23 000 étudiants en réorientation. En trois ans, le nombre de candidats a augmenté de 129 000. Dans la rue, on réclame 250 000 places supplémentaires à l’université.

C’est là que se joue le vrai clivage. Pour LFI et les syndicats, supprimer la sélection suppose de financer massivement de nouvelles places. Pour le gouvernement, la plateforme doit continuer à organiser une répartition sous contrainte. Dans les deux cas, tout dépend du budget de l’enseignement supérieur, dont le vote à l’Assemblée vient d’être reporté.

La réponse du gouvernement et les pistes pour 2027

Le 14 octobre, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a fermé la porte à la suppression, tout en assurant que “tout est sur la table” pour améliorer la plateforme. Il a reconnu ne pas savoir ce qu’on mettrait à la place si on l’abrogeait. Sa ligne distingue l’outil du processus : un “avant”, l’orientation, un “pendant”, la plateforme, et un “après”, les formations et le nombre de places.

Le gouvernement relativise le poids du sujet : Parcoursup représente environ 20 % des contributions déposées sur la plateforme de concertation ouverte aux lycéens. Cette consultation court jusqu’au 23 octobre, avant de premiers arbitrages fin octobre. Les changements s’appliqueraient dès la session 2027.

Cinq pistes réalistes reviennent chez les chercheurs et les experts :

  • Expliquer les refus : chaque formation sélective dirait pourquoi un candidat est refusé, chaque licence pourquoi il n’est pas prioritaire.

  • Publier les critères locaux : afficher les coefficients réels par matière sur chaque fiche.

  • Réattribuer les places des boursiers : une place refusée par un boursier repasserait au boursier suivant. Environ 9 800 boursiers de plus seraient admis selon une simulation, sans coût supplémentaire.

  • Raccourcir le calendrier : classer ses vœux plus tôt pour réduire l’attente, au risque, selon certains, d’encourager l’autocensure.

  • Anonymiser les dossiers : retirer le nom du lycée d’origine.

Aucune ne répond à la demande centrale des organisations mobilisées : plus de places et la fin de la sélection.

Et maintenant ?

Le débat sur Parcoursup ressemble à un malentendu. La rue crie “suppression”, mais les propositions concrètes divergent : LFI veut supprimer la sélection et confier la répartition au recteur, la droite veut une sélection plus nette fondée sur les notes, les syndicats veulent garder une plateforme nationale sans tri. Ses défenseurs rappellent qu’elle offre une information commune à tous et protège les boursiers. Ses critiques répondent que cette égalité reste théorique.

Les annonces attendues d’ici fin octobre diront si l’on retouche simplement la plateforme, ou si la campagne présidentielle tranchera la vraie question : combien de places le pays est-il prêt à financer pour sa jeunesse, et selon quelles règles les répartir ?

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