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Blocus de lycées en IDF : la colère des élèves face à des conditions d'études dégradées
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Trois semaines après la rentrée, une dizaine de lycées franciliens se retrouvent bloqués par leurs propres élèves. Le mouvement, parti de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, s'est progressivement étendu au Val-d'Oise et aux Yvelines. Entre dix et quinze lycées d'Île-de-France ont été bloqués depuis le début de la semaine du 22 septembre, sur les 468 lycées publics que compte la région. Selon l'académie de Créteil, le mouvement est en train de prendre de l'ampleur.
Ce que vivent ces lycéens au quotidien
Les témoignages recueillis sur le terrain dessinent un tableau préoccupant. "Notre emploi du temps, c'est 8h00-18h00 le lundi et le mardi, on est 34 élèves dans la classe, parfois on n'a même pas de chaise ni de tables libres", assurait Abdelaziz, 14 ans, en seconde à Saint-Ouen.
"Les emplois du temps sont trop surchargés, les toilettes sales et il manque de personnel", abonde Maya, 17 ans, en terminale professionnelle.
Les élèves évoquent des revendications nombreuses : des dysfonctionnements forts dans les emplois du temps amenant à faire 8h jusqu'à 18h voire 19h, des bâtis dégradés qui ne permettent pas d'aller aux toilettes ou exposent aux nuisibles, des violences discriminatoires commises par des membres du personnel, la sélection sur Parcoursup, la pression sur leurs tenues vestimentaires.
Les établissements concernés et la géographie du mouvement
Cette semaine a été marquée par une mobilisation lycéenne dans tout le 93, à Saint-Denis, Stains, Le Bourget, Aubervilliers, Épinay-sur-Seine, Saint-Ouen et dans d'autres communes de la banlieue parisienne. Des lycéens se sont également mobilisés au lycée Paul-Eluard, au lycée Frédéric-Bartholdi à Saint-Denis et au lycée Jean-Jacques Rousseau à Sarcelles.
Les mobilisations sont concentrées majoritairement dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, et ont donné lieu à des attroupements, des mouvements de foule ainsi qu'à des dégradations matérielles. De source policière, plusieurs incidents ont également été répertoriés à Versailles, avec des tentatives de blocages et des poubelles enflammées.
Interpellations et accusations de violences policières
Le mouvement de blocus de lycées s'est étendu vendredi dans la banlieue de Paris, où la police a procédé à une trentaine d'interpellations en marge des actions lycéennes.
Plusieurs avocats du barreau de Paris et du barreau de Seine-Saint-Denis dénoncent des "violences policières d'une particulière gravité" sur plusieurs lycéens impliqués dans ces blocus en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d'Oise.
Du côté des syndicats enseignants, SUD éducation 93 a publié un communiqué appelant à "stop à la répression", soulignant que les élèves expriment une colère légitime face à leurs conditions d'études.
Des réponses politiques qui divisent
La présidente de la Région Île-de-France Valérie Pécresse s'est alarmée de la situation en séance plénière du Conseil régional : "Nous avons près de quinze lycées qui sont touchés." Elle a ajouté qu'il y aurait une "tolérance zéro pour les caïds et les voyous qui empêchent nos lycéens d'étudier et de réussir", et a précisé que les brigades régionales de sécurité sont intervenues 120 fois depuis la rentrée, contre 71 sur la même période l'an dernier.
Le ministre de l'Éducation nationale a de son côté dénoncé une "instrumentalisation politique de la jeunesse". À gauche, le député LFI Louis Boyard a souligné que ces élèves "manquent de tout là où les lycées de riches ne manquent de rien". Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, dit regretter les violences et les dégradations tout en défendant le droit des jeunes de sa ville à porter leurs revendications en sécurité.
Un mouvement amplifié par les réseaux sociaux
Amplifié par les réseaux sociaux, le mouvement s'est étendu progressivement. Shaïna dit s'être postée dès 7h00 devant son lycée Jean-Moulin au Blanc-Mesnil, avec une foule d'élèves : "Voir sur les réseaux sociaux d'autres lycées mobilisés en Île-de-France, ça nous a un peu donné la force de nous lever, nous aussi."
Le rectorat de Créteil note un "effet d'entraînement sur les réseaux sociaux" qui explique en partie la vitesse à laquelle le mouvement s'est propagé d'un établissement à l'autre, souvent sans coordination centrale identifiable.
Un problème structurel qui ne date pas de cette rentrée
Ce que révèlent ces blocus n'est pas nouveau. La pénurie d'enseignants, les classes surchargées et les emplois du temps impossibles sont des réalités documentées depuis plusieurs années dans les lycées de banlieue, particulièrement en Seine-Saint-Denis. Les revendications portées par les élèves, classes surchargées, emplois du temps intenables, manque de personnels, locaux dégradés ou insalubres, difficultés d'accès aux soins et à l'accompagnement social, ne sont pas des nouveautés.
Ce qui est nouveau, c'est la visibilité que les réseaux sociaux donnent à ces conditions, et la vitesse à laquelle la colère d'un lycée peut en rallier d'autres. À sept mois de la présidentielle, la grogne des lycées est devenue un terrain politique.
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