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Faut-il supprimer les licences sans débouchés ?
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Depuis plusieurs mois, une idée fait son chemin dans les cercles politiques et patronaux français : supprimer les formations universitaires jugées sans débouchés suffisants. Une proposition qui peut sembler pragmatique en période de chômage des jeunes et de contrainte budgétaire, mais qui soulève des questions fondamentales sur le rôle de l'université et sur ce que l'on entend exactement par "débouchés".
Le MEDEF propose, le gouvernement suit
En septembre 2025, le président du MEDEF a présenté un plan intitulé "L'avenir s'écrit avec les jeunes", composé de 13 propositions, parmi lesquelles la suppression des formations "sans débouché", l'augmentation des stages en entreprise et l'allongement de la période d'essai.
Ce plan s'accompagne d'une offensive budgétaire sans précédent. Le budget 2026 prévoit 400 millions d'euros de coupes dans les universités, avec 8 000 postes menacés de suppression. Un contexte dans lequel la question de la "rentabilité" des formations universitaires s'impose naturellement dans le débat public.
France Universités et le MEDEF signent une convention inédite
Le 12 février 2026, France Universités et le MEDEF ont signé une convention de partenariat pour trois ans, prévoyant d'impliquer davantage les entreprises dans la gouvernance et les formations universitaires, de renforcer l'employabilité des diplômés, et de développer l'apprentissage.
Ce rapprochement est historique. Traditionnellement attaché à son indépendance scientifique et à sa mission de service public, le monde universitaire affirme désormais un rapprochement assumé avec le monde économique. La convention prévoit notamment de faciliter "l'implication des entreprises dans le pilotage de la carte des formations, pour une meilleure adéquation avec les besoins du marché."
Pour les syndicats universitaires, cette formulation est un signal d'alarme. Laisser les entreprises peser sur la carte des formations, c'est risquer de réduire l'université à un prestataire de formation professionnelle, au détriment de sa mission de transmission du savoir et de production de connaissance.
Quelles formations sont visées ?
La question de savoir quelles formations seraient concrètement supprimées reste floue. L'idée de "formation sans débouché" est en réalité bien plus complexe qu'il n'y paraît. Un diplôme de philosophie ou de lettres classiques offre peu de débouchés directs dans un secteur précis, mais forme des esprits critiques, des compétences rédactionnelles et analytiques recherchées dans de nombreux contextes professionnels.
La difficulté est aussi statistique : un faible taux d'insertion à six mois peut masquer des trajectoires professionnelles solides à deux ou cinq ans. Supprimer une formation sur la base de données à court terme revient à mesurer la valeur d'un investissement à une échéance trop courte pour être significative.
Par ailleurs, certaines formations peu porteuses en débouchés immédiats jouent un rôle essentiel dans des secteurs non marchands comme la culture, l'enseignement ou la recherche fondamentale, dont l'utilité sociale ne se mesure pas en taux d'emploi à six mois.
Des coupes budgétaires qui contraignent les universités avant toute réforme
Le contexte budgétaire accélère de fait les fermetures de formations, sans même que des décisions politiques explicites ne soient prises. Avec 400 millions d'euros retirés aux universités et 8 000 postes menacés, les établissements sont contraints de faire des arbitrages sur leur offre de formation. Les licences à faibles effectifs, souvent dans les humanités et les sciences humaines et sociales, sont naturellement les premières à être sacrifiées sur l'autel de la rentabilité.
Ce mouvement silencieux est peut-être plus redoutable qu'une réforme officiellement assumée : sans débat public, sans vote, sans transparence sur les critères retenus, des formations disparaissent progressivement, faute de moyens pour les maintenir.
Un modèle à ne pas copier sans nuance
La Chine a supprimé 12 000 formations universitaires entre 2021 et 2025 pour recentrer son enseignement supérieur sur les technologies de pointe. Le résultat est spectaculaire en termes de volume, mais il s'inscrit dans un système centralisé où l'État pilote directement l'offre de formation en fonction de ses objectifs économiques et industriels.
Transposer ce modèle en France, dans un système universitaire autonome et pluraliste, supposerait une transformation profonde de la gouvernance universitaire que ni les universités ni une grande partie de la communauté académique ne sont prêtes à accepter.
La vraie question : que veut-on que l'université fasse ?
Au fond, le débat sur la suppression des licences sans débouchés renvoie à une question plus fondamentale : à quoi sert l'université ? Si elle n'est qu'un service d'insertion professionnelle, alors il faut effectivement aligner son offre sur les besoins immédiats du marché du travail. Si elle est aussi un lieu de transmission du savoir, de formation à la pensée critique et de recherche fondamentale, alors la logique du débouché ne peut pas être le seul critère d'évaluation d'une formation.
C'est ce débat-là que la France doit avoir, plutôt que de laisser des contraintes budgétaires décider à sa place de ce que mérite d'être enseigné.
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Entre coupes budgétaires, pression du MEDEF et rapprochement inédit entre France Universités et le patronat, l'université française est sommée de se réformer. La suppression des formations jugées sans débouchés s'impose comme un sujet central, mais le débat est loin d'être tranché.

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