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Grandes écoles : le chômage des diplômés au plus haut depuis 20 ans

Lecture 3 min

12 juin 2026

Pendant longtemps, le diplôme d'une grande école valait presque garantie d'emploi. Ce temps semble révolu. Selon la Conférence des grandes écoles, qui publie chaque année son enquête sur l'insertion professionnelle des diplômés, le taux d'emploi à moins de six mois est tombé à 80,2 % en 2025, contre 85,8 % en 2024 et 91 % en 2023. En deux ans, c'est près de 11 points perdus, un recul sans précédent depuis vingt ans.

Un marché du travail qui se referme brutalement

La cause principale est identifiée : les recrutements de cadres débutants ont chuté de 19 % en 2024, puis encore de 16 % en 2025, selon l'APEC. Les secteurs qui absorbaient traditionnellement les jeunes diplômés des grandes écoles, à savoir l'informatique, l'ingénierie, le conseil, les services juridiques et comptables, ont tous réduit la voilure simultanément, sous l'effet de la hausse des taux d'intérêt, des incertitudes politiques et d'un ralentissement global de l'investissement des entreprises.

Dans ce contexte, les jeunes sont comme souvent les premiers touchés. Selon la CGE, 16,9 % des diplômés de la promotion 2024 étaient encore en recherche d'emploi quelques mois après la fin de leurs études, soit une hausse de 4,7 points en un an. Et la compétition s'est durcie : les promotions précédentes, elles aussi pénalisées, restent sur le marché et se retrouvent en concurrence directe avec les entrants.

Les ingénieurs plus touchés que les managers

Ce sont les diplômés des écoles d'ingénieurs qui subissent le recul le plus marqué, avec un taux d'insertion en baisse de 7,2 points pour atteindre 82,4 %. Les diplômés en management ne sont pas épargnés non plus, avec un taux de 78,3 % contre 81,2 % l'année précédente.

Ce retournement interpelle d'autant plus que la France souffre structurellement d'un déficit de profils techniques. La contraction du recrutement dans l'ingénierie et l'informatique n'en est que plus paradoxale à long terme.

Les salaires progressent, les inégalités persistent

Dans ce tableau assombri, un indicateur reste orienté à la hausse : les rémunérations. Le salaire moyen à l'embauche atteint 39 604 euros bruts annuels en 2025, en progression de 1,5 %. Les managers décrochent en moyenne 41 103 euros, les ingénieurs 39 129 euros.

Mais cette hausse globale masque des inégalités qui ne se résorbent pas. À diplôme identique, les femmes restent systématiquement moins bien payées que leurs homologues masculins. Chez les managers, l'écart atteint près de 3 000 euros bruts annuels : 39 662 euros pour les femmes contre 42 583 euros pour les hommes. Chez les ingénieurs, il s'établit à environ 2 000 euros. Au sommet de la grille salariale, l'écart se creuse encore davantage.

L'alternance et le stage, premiers vecteurs d'insertion

Malgré les difficultés, 65 % des étudiants parviennent à décrocher un contrat avant même de sortir de l'école, et 40 % trouvent leur emploi via leur stage ou leur alternance de fin d'études. Un argument de poids en faveur des formations en apprentissage, qui permettent de cumuler expérience et réseau avant la diplomation.

Les réseaux sociaux professionnels jouent eux aussi un rôle croissant, utilisés par 15 % des diplômés pour trouver leur premier poste.

L'IA s'installe dans les pratiques professionnelles

Pour la première fois, la CGE a interrogé ses diplômés sur leur usage de l'intelligence artificielle générative au travail. Résultat : deux tiers d'entre eux l'utilisent déjà, principalement pour la rédaction de contenus, la recherche d'informations et le résumé de documents. Les managers y recourent plus fréquemment que les ingénieurs, ces derniers se montrant plus prudents sur des questions de rigueur et de précision des données.

Un signal d'alerte pour les établissements

Pour les grandes écoles, ces chiffres sonnent comme un avertissement. La promesse d'une insertion rapide et quasi garantie, argument central face aux universités et notamment pour justifier des frais de scolarité pouvant atteindre 15 000 à 20 000 euros par an dans les établissements privés, s'érode. Si 85,4 % des diplômés en poste se déclarent satisfaits de leur emploi, la question du retour sur investissement d'une formation grande école pourrait peser de plus en plus dans les choix d'orientation des futurs étudiants.

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